Pourquoi Proche ?

Des mots pour moi, pour lui, pour eux, pour tous ...
(Prononcés pour la première fois au colloque organisé par le Soleil Blanc, le 7 novembre 2oo9)


Mes mots sont vos mots, vos maux ? Mes mots sont vôtres, à faire partager en lecture vers tous ceux qui voudraient savoir ... Merci pour vos partages.Oui, je suis ce que l'on peut appeler une "proche de victime".

Je vis depuis plus de 30 ans maintenant aux côtés de celui qui est devenu mon mari. C'est aux termes de 15 ans de vie commune, qu'il m'a appris, là, comme ça, qu'il avait été victime d'abus sexuels à l'âge de 9 ans.

Je n'ai pas été en mesure, à ce moment-là, de prendre toute la dimension des dégâts que peuvent occasionner les gestes de ce que je sais aujourd’hui être l'inconcevable. Je n'ai pas su réagir, avoir les mots.

Je sais aujourd'hui qu'il est difficile, voire impossible de répondre dans l'instant aux attentes de celles et ceux qui ouvrent leur cœur, qui souffrent et qui crient, qui viennent vous offrir, vous vomir leurs mots avec toute l’incroyable somme de courage qu’il leur a fallu rassembler pour cela, parce qu’on ne sait pas, parce qu’on n’a pas appris, parce qu’on ne peut imaginer que cela puisse être arrivé à un être si proche de soi !!!

Je comparerai aujourd’hui cette difficulté de réception et de compréhension des mots reçus comme la difficulté que l’on a à entendre et comprendre ce que vous dirait quelqu’un qui ne parle pas la même langue que vous, qui ne possède pas la même culture, le même mode d’existence. En quelques sortes l’image de deux mondes parallèles, de deux cultures, de deux civilisations.

On ne peut pas comprendre et agir dans l’immédiat.

Dans mon ignorance, et quelques temps après cette révélation, je souhaitais qu’il raconte. Comme on raconterai un accident de la circulation pour passer à autre chose. Je ne savais pas encore que ça n’était pas si simple, voire impossible.

La vie a continué. Nous savions tacitement que nous savions mais sans aller au-delà.

De n’avoir pas dépassé cet au-delà nous a laissé continuer de vivre dans nos mondes parallèles desquels l’incompréhension s’échappait et s’amplifiait. Le dialogue devenait sourd.

De toute ma naïveté de femme ordinaire n’ayant jamais eu à souffrir dans son enfance, je continuais de penser qu’il ne faisait pas d’effort, qu’il faisait fausse route sur un certain nombre de nos objectifs de vie et notamment celui de l’éducation des enfants. Je continuais de penser qu’il avait tort de ne pas essayer de comprendre que ses modes de fonctionnement me posaient problème, qu’il avait tort de ne pas m’entendre hurler parce que je voulais tellement qu’on se parle, en adulte, en tant que parents. J’avais la sensation d’hurler dans le vide et de me sentir exclue.

Je le voyais tellement protéger, combler, nos enfants. Devenir si proche et si complice que je finissais par lâcher prise.

C’est à la fois le refus de toutes ces attitudes inexpliquées à mes yeux, de toutes les disputes qu’elles engendraient, mais aussi la lassitude ou la peur des colères parfois violentes que je subissais, des disputes en langues inconnues que nous entretenions, qui ont fait que je me suis détachée peu à peu, parce que je me sentais perdue et incomprise. C’est en tous cas, le sentiment qu'il me reste aujourd’hui de cette période passée.

Mais le temps a fait son œuvre et je pense que lasse de tout ça, j’étais déjà depuis un moment dans un indicible état de dépression. Cet état s’est révélé en force en mars 2007 au moment où je tombais, involontairement, nez à nez avec des écrits de mon mari qui était entré en contact, complètement par hasard, avec d’autres victimes sur un forum de discussion. Ses écrits indiquaient en quelques mots qu’il souhaitait me quitter lorsque les enfants seraient partis de la maison, que nous vivions ensemble sans plus l’être vraiment et d’autres phrases que je n’avais jamais entendues alors que nous avions été si proches pendant si longtemps, au début.

Ces mots-là, écrits devant mes yeux, ont été révélateurs de ce que je n’osais imaginer et m’ont plongé quasi-instantanément dans la dépression. Je pleurais, je souhaitais en finir avec la vie et je ne pouvais pas dire à mon mari, qui me voyait dans cet état, ce qui m’avait transformé si rapidement. Je ne pouvais pas lui dire ce que j’avais lu et qui ne m’était pas destiné. J’avais si peur de ses réactions. Non pas de violence bien sûr, mais une fois de plus, de repartir dans des discussions sans compréhension et qui finissaient irrémédiablement vers le désarroi. Ça n’était pas le moment.

Puis, il a bien fallu que je lui avoue. Je n’en pouvais plus. J’ai parlé parce qu’il fallait en sortir. J’ai parlé pour respirer. Il n’a pas compris à ce moment-là que ce qui avait été un choc pour moi m’avait tellement fait comprendre à quel point je tenais à lui, combien je souhaitais qu’enfin nous puissions vivre ensemble sans plus perdre de temps à nous perdre dans l’incompréhension.

A ce moment-là, j’ai compris qu’il me faudrait du temps pour remonter la pente qui avait été longue à descendre. Qu’il me fallait apprendre et j’allais apprendre.

Apprendre pour comprendre, doucement. Et j’ai appris. J’ai mis mon pied dans l’entrebâillement des portes que mon mari avait entrouvertes en faisant connaissance avec ces victimes rencontrées au hasard de l’internet. Ce hasard, ces victimes qui ont bousculé le temps, notre temps.

Il a fallu que j’apprenne, que j’évolue en douceur pour tenter de regagner la confiance perdue de mon mari. Pour comprendre et me comprendre.

C’est aujourd’hui plus qu’une confiance regagnée. En une fraction de seconde ma vie avait basculé. Aujourd'hui, elle a pris une toute nouvelle couleur.

J’ai appris ce que beaucoup devrait savoir. J’ai appris et j’apprends encore ce que CA (c’est comme ça que nous nommons l’inconcevable) entraîne comme conséquences en termes de construction chez l’enfant. J’ai appris à voir, à décrypter ces conséquences qui opèrent chez l’adulte.

Au risque de répéter ce qui a déjà été dit ici, je soulignerai toute cette déconstruction ou plutôt cette construction « à l’envers » de l’enfant qui doit apprendre à se taire, à se méfier, à suspecter les gestes anodins de l’amour, à jouer double-jeu pour se protéger, à dresser un mur invisible pour ne plus subir.
Toutes ces découvertes ont été autant de clés de lecture qui m’ont permis de comprendre ce qui était inaudible pendant toutes ces années remplies à la fois de silences et d’échanges codés.

Cet apprentissage nous a permis de nous retrouver, de nous comprendre enfin puisque nous parlions, enfin, presque le même langage. Je dis presque puisque nous ne pourrons jamais être l’un et l’autre dans la peau de l’autre.

La confiance retrouvée, la renaissance de l’attachement de l’un pour l’autre ont permis de ne plus être 1 et 1 mais 1 + 1. Cette renaissance a notamment permis à mon mari de m’ouvrir davantage ce mur qu’il a construit au fil des années.

• Lui qui ne parlait pas, me parle.
• Lui qui explosait, n'explose plus.
• Lui qui n'écoutait pas, écoute.
• Lui qui voulait que je ne l'aime plus, m'aime.
• Lui qui a souhaité que je le quitte, me tient par la main.

La magie de notre Volonté, la magie de notre Force, la magie de notre Union a opéré.

Pour résumer je dirais qu’il n’est pas simple de partager sa vie avec une victime tant que l’on n’a pas les clés de lecture et de compréhension, tant qu’on n’a pas appris et voulu apprendre. Parce qu’il faut vouloir soi-même apprendre et accepter de ne pas vivre tout à fait comme Monsieur et Madame "Toulemonde".

Parce que je pense qu’il faut avoir une petite dose d’inconscience pour pouvoir tenir bon. Non pas que la vie soit intolérable, parce que d’autres vies peuvent revendiquer de l’être tout autant. Mais lorsque l’on ne sait pas, lorsque l’on n’a pas appris, cette association inconnue peut apparaître comme déroutante, déstabilisante, difficile à gérer.

Pour exemple, et beaucoup de victimes le disent, le conjoint victime peut parfois chercher à tellement vous protéger qu’il peut tout mettre en œuvre pour que vous le quittiez pour que vous n’ayez pas à entrer dans cette zone si sombre qui pourrait vous déstabiliser. Et vous, naturellement, vous ne pouvez pas l’admettre, le comprendre.

Cette démarche que je cite en exemple peut vous amener à vous faire douter de vous-même, à culpabiliser : « Pourquoi veut-il, veut-elle que je parte » ? « Qu’ai-je fait de mal ? »
D’où ce fameux engagement dont je parlais à l’instant, de « tenir bon ».

Mais bien évidemment, cette tranche de vie, cette tranche de ma vie, de notre vie est propre à nos caractères, à nos modes de fonctionnements, à nos habitudes de vie acquises au cours des années passées ensemble.

Ce schéma n’est que le nôtre et ne prétend pas s’appliquer à tous. Juste permettre d’y puiser quelques réponses aux questions qui peuvent se poser et qui peuvent naître lorsque des similitudes de doutes et de dysfonctionnements apparaissent.

Alors, proche de victime, pas simple. Sans doute !!

Mais de tout ce chemin parcouru se dégage tant de force, nous enrichissant de cette différence imposée qui fait que nous offrons tout ce que l’un et l’autre a à apprendre à l’un et à l’autre.

Comment ne pas vouloir offrir ce que l’on sait à celui ou celle qui voudrait savoir ? Pour l’un apprendre à l’autre les couleurs qui existent et qu’il n’a jamais vues parce qu’on les lui a volées. Pour l’autre, apprendre à l’un ce qui le touche, ce qui le déroute, ce qui lui fait peur.

Belle manière de partager et d’offrir pour avancer ensemble non ?

De cet ensemble retrouvé, de notre humble expérience et de nos rencontres est née la volonté de tendre la main vers celles et ceux qui aujourd’hui ou demain crieront leur désespérance à vouloir comprendre, à vouloir avancer.

De cet ensemble retrouvé, est aussi née l’association No Human Toys parce que si de nos erreurs ou de nos errances nous pouvions aider à déjouer le temps et aider à respirer ?

http://www.copyrightfrance.com/certificat-depot-copyright-france-4XEX193.htm

Déo & Débats.
Jour après jour.
Hier, soleil.
Aujourd'hui, temps couvert.
Un instant ouvert.
Un instant fermé.
Un instant représentation.
Un instant vérité.

Tel est le quotidien de celle ou celui qui cotoye.
Tel est le quotidien de celle ou celui qui porte.
Tel est le quotidien de celle ou celui qui souffre à côté.
Tel est le quotidien de celle ou celui qui souffre en lui.

L'inconcevable a touché.
L'inconcevable a réveillé.
L'inconcevable a frôlé.

L'attouchement, la confiance, la tromperie, la brûlure.
On la pensait lointaine...
Trop loin pour être victime à jamais.

Mais alors.
D'où viennent ces pensées de violence ?
D'où viennent ces sentiments de méfiance ?
D'où viennent ces manques absolus de confiance ?
D'où viennent ces inaptitudes à aimer ?
D'où viennent ces difficultés à être ?

Aujourd'hui, hier, l'inconcevable a montré le bout de sa noirceur.
Aujourd'hui, l'inconcevable anéanti.
Aujourd'hui, l'inconcevable désarme.
Aujourd'hui, l'inconcevable consume.
Aujourd'hui, les bras se baissent pour rendre les armes.

Trop de fatigue à jouer.
Trop de fatigue à sourire.
Trop de fatigue à rire.
Trop de fatigue à être de l'autre côté.
Trop de fatigue à Etre.

Aujourd'hui, je sais tout ça.
Ce soir, je sais que CA est lèpre.
Ce soir, je sais que le temps fait son œuvre.
Ce soir, je sais qu'il faut être fort pour Deux.
Ce soir, je dois être forte pour Deux.
Ce soir, j'ai peur de demain matin.

Je sais que je suis tombée.
Je sais que je me relève.
Je sais qu'il faut apprendre une nouvelle langue.
Je sais que j'ai commencé de l'apprendre.

Je vois toute la différence.
Je vois toute l'indifférence.
Je vois toute la souffrance.

Et pourtant.
Quel si joli visage.
Et pourtant.
Quel si bel Amour.
Et pourtant.
Comme je veux être là.

Je vois si fort et je sais.
Pourquoi mon Amour.
Me regarde.
De l'autre côté.
De son si doux regard.
D'enfant triste....

Son doux regard est fatigué.

 

... Et je suis là
Pour toujours ...

 

et pour que CA ne poursuive pas son ignoble dessein au delà des générations de ChezNous

 

[Texte écrit en 2007]